NDÈYE SALI DIOP DIENG, MINISTRE DE LA FEMME, DE LA FAMILLE : «Nous travaillons au renforcement d’un environnement favorable à un leadership féminin fort»

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De la loi criminalisant le viol à la violence faite aux femmes, en passant par l’accès des femmes au foncier, la Ministre de la Femme, de la Famille, du Genre et de la Protection des enfants aborde tout. Selon Mme Ndèye Sali Diop Dieng, son ministère vient d’adopter une stratégie nationale de vulgarisation de la loi sur le viol.

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Que vous inspire le thème de la journée internationale des femmes de cette années : «Je suis de la Génération Égalité : Levez-vous pour les droits des femmes» ?

Je voudrais, dans mon propos liminaire, vous remercier encore de m’avoir donné l’opportunité de communiquer via notre quotidien national «Le Soleil» sur une actualité aussi importante que la journée internationale de la femme. Et cela d’autant plus que la cérémonie de célébration officielle a été différée avec la situation induite par le Covid 19 qui s’est propagé à travers le monde. Le thème de cette année est un bon prétexte pour faire le bilan des avancées en faveur des femmes, notamment les questions liées à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes, mais également de préparer l’avenir et les opportunités qui attendent les futures générations.

Il convient de rappeler que l’année 2020, étape charnière pour la promotion de l’égalité des sexes, coïncide avec le 25e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, le 20e anniversaire de la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité, et le 10e anniversaire de la création d’Onu Femmes. Je voudrais, ce faisant, renouveler mes hommages à toutes les femmes du Sénégal qui se distinguent par leur courage, leur patriotisme et leur engagement pour le développement national et le bien-être des familles.

Comment jugez-vous la situation des femmes au Sénégal, notamment leur présence dans les instances de décision ?

Le Gouvernement du Sénégal a posé un jalon très important dans le parachèvement du processus de mise en œuvre de la loi sur la parité, une avancée historique réaffirmant une nouvelle fois sa volonté politique de s’inscrire dans une dynamique de renforcement d’un environnement favorable à l’émergence d’un leadership féminin fort. Dans ce cadre, des progrès significatifs ont été enregistrés, notamment avec les élections locales de juin 2014, où la présence des femmes au sein des instances a triplé, de l’ancienne mandature de 2009 à celle de 2014, passant de 15,9% à 47,2%, soit 13.103 élues locales sur un total de 27.760 élus. À l’Assemblée nationale, nous enregistrons 165 députés dont 96 hommes et 69 femmes, soit 41,8%.

Aujourd’hui, elles sont présentes dans quasiment tous les secteurs d’activités. Mais face au difficile accès au financement et au foncier, elles peinent à développer leurs activités. Comment comptez-vous les appuyer ?

Son Excellence Monsieur Macky Sall, Président de la République du Sénégal, dans sa vision, place la question l’autonomisation économique des femmes au rang des objectifs prioritaires dans la 2ème phase du Plan Sénégal émergent (Pse). Son option de dédier le quinquennat 2019-2024 aux femmes et aux jeunes illustre, encore une fois, sa volonté de bâtir un Sénégal pour tous et un Sénégal de tous. C’est dans cette dynamique qu’il faut situer les programmes nationaux comme le Pudc, le Puma, le Pnbsf, le Pnbsf, la Cmu, la Der et j’en passe. Au niveau sectoriel, mon département met en œuvre différents mécanismes allant du Fonds national de crédits pour les femmes au Fonds national de l’entreprenariat féminin en passant par des projets et programmes tels que le Padef Ej, le Palam2 et le Padess, pour ne citer que ceux-là.

Quid de l’accès des femmes aux services sociaux de base ?

Sur cet aspect, il faut souligner que les Centres départementaux d’appui et de formation des femmes (Cedaf) constituent des cadres d’appui à la formation et à l’insertion des femmes et des jeunes filles, surtout celles vivant en milieu rural, dans une dynamique centrée sur le développement du capital humain.

Ainsi, les différents projets mis en œuvre dans les douze Cedaf fonctionnels ont permis le renforcement de la qualité dans la production et l’élargissement des activités dans les secteurs porteurs non encore explorés en vue d’en faire des incubateurs de l’entrepreneuriat féminin. À ce titre, des unités de production et de transformation des produits agricoles, halieutiques et artisanaux sont mis en à la disposition des organisations de femmes et de jeunes filles encadrées par les Cedaf.

Au-delà de ces acquis, le Ministère de la Femme, de la Famille, du Genre et de la Protection des enfants a élaboré de manière inclusive et participative la Stratégie nationale pour l’autonomisation économique des femmes et des filles avec l’appui des partenaires techniques et financiers pour doter notre pays d’un document de référence pour faciliter une mise en cohérence et une meilleure coordination de toutes les interventions en la matière.

La question du foncier reste entière apparemment ?

Pour l’accès des femmes au foncier, théoriquement des avancées juridiques pour un accès équitable à la terre sont perceptibles dans les instruments juridiques : la Constitution du Sénégal du 22 janvier 2001 affirme l’égal accès des hommes et des femmes à la terre en son article 15 qui dispose que l’homme et la femme ont le droit d’accéder à la possession et à la propriété de la terre dans les conditions fixées par la loi. En plus, la Loi sur le domaine national de 1964 n’introduit aucune discrimination dans l’accès au foncier. Elle se caractérise par le fait que tous les citoyens ruraux, homme comme femme, peuvent prétendre à une affectation de terres.

Cependant, force est de reconnaître que même si ces textes en vigueur donnent ainsi aux femmes des droits d’accès à la terre égaux à ceux des hommes, dans les faits, elles ne bénéficient pas d’un accès équitable. En effet, l’adoption de la loi sur le domaine national n’a pas détourné les populations rurales des pratiques coutumières et qui créent des situations d’inégalité et de discrimination dans l’accès à la terre au détriment des femmes. Et même lorsqu’elles connaissent la législation, elles n’osent pas remettre en cause les règles sociales, en particulier les rapports entre hommes et femmes.

Comment y remédier ?

Il s’agira pour mon département de continuer la sensibilisation de toutes les couches de la population, hommes et femmes avec la participation des organisations de la société civile et l’appui des partenaires techniques et financiers pour l’adoption de comportements, d’attitudes et de pratiques favorables à l’application des droits des femmes. Permettez-moi enfin de saluer le travail abattu par la Commission qui travaille sur la réforme foncière. Il est indéniable qu’un accès égalitaire des femmes au foncier aiderait à leur autonomisation et par conséquent au développement de toute la société.

Par ailleurs, les femmes subissent beaucoup de violences ces derniers temps. Quelle lecture en faites-vous d’abord en tant que femme, puis en tant que Ministre ?

Vous me donnez, à nouveau, l’occasion revenir sur les questions relatives aux violences faites aux femmes. Elles constituent des actes ignobles et inhumains qu’il faut condamner vigoureusement.  Un «Plan d’action national 2017-2021 de lutte contre les Violences basées sur le genre (Vbg) et la Promotion des droits humains» a été élaboré en 2017 avec l’appui des partenaires techniques et financiers dans le cadre du programme conjoint en vue de prendre en charge ce fléau. Ce document-cadre, dont la mise en œuvre est sous-tendue par une approche multisectorielle et holistique, a été élaboré dans le but d’éradiquer les Violences basée sur le genre (Vbg), conformément aux engagements internationaux, régionaux souscrits par notre pays et à la volonté du Chef de l’État d’optimiser le potentiel des femmes et des jeunes filles pour en faire des actrices majeures de l’émergence en 2035.

Pour intensifier les actions gouvernementales en matière de prévention et de prise en charge des Vbg, en particulier des violences faites aux femmes et aux filles, il a été procédé, le 29 mai 2019, à la restructuration du Comité technique national pour la lutte contre les violences basées sur le genre et la promotion des droits humains. Ce mécanisme permet de disposer d’outils de pilotage national afin de suivre la réalisation des politiques et programmes de lutte contre ce fléau. En d’autres termes, il se veut un cadre fédérateur des différents acteurs pour garantir une meilleure communication, un renforcement de la coordination des interventions en vue de répondre plus efficacement aux alertes et de mieux protéger les communautés, de briser les cycles de violences et donc d’améliorer les conditions de vie des concitoyennes notamment les plus vulnérables.

Justement, il y a désormais cette loi criminalisant le viol ?

Le Chef de l’État a promulgué la loi 2020 – 05 du 10 janvier 2020 modifiant la loi n°65 – 60 du 21 juillet 1965 portant Code pénal. Cette nouvelle loi criminalisant le viol et la pédophilie atteste la forte volonté des plus hautes autorités à mettre fin à ce fléau. Mon département vient d’adopter la stratégie nationale de vulgarisation de cette loi pour que nul n’en ignore. Ainsi, le texte de loi sera traduit dans toutes les langues nationales, des séances d’information, d’éducation et de communication seront organisées au niveau communautaire en s’appuyant sur des relais pour une large diffusion. Les boutiques de droit, les organisations de la société civile auront un rôle déterminant à jouer. C’est le lieu de les encourager à maintenir le cap pour que les actes odieux à l’endroit des femmes soient définitivement éradiqués.

Mais cette loi a fait l’objet de beaucoup de critiques quand même ?

Il faut faire confiance à la justice de notre pays et à nos vaillants magistrats pour l’application effective de cette loi. Par ailleurs, les critiques formulées montrent la nécessité de vulgariser cette loi en vue de son appropriation car, il faut le rappeler, la loi répond à une question fondamentale de droits humains. J’en profite pour souhaiter une excellente journée de la femme à toutes mes sœurs d’ici et de la diaspora.

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