Cohésion sociale : « Si nous retournons à nos racines, à nous valeurs, nous pourrons déterrer ce joyau », pense Ayouba Porgo

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Mon analyse porte ici sur le thème de la cohésion sociale et plus précisément de la cohésion qui existait entre nos parents agriculteurs et les éleveurs.
J’ai décidé de me pencher sur ce thème car, de nos jours, il devient non seulement d’actualité, mais très cher aux pays frappés par l’insécurité, à l’instar du Burkina Faso.

La cohésion sociale n’était pas un terme absent du vocabulaire des Burkinabè avant ce phénomène de l’insécurité qui se traduit aujourd’hui par des attaques terroristes. En effet, la cohésion sociale était employée surtout par les leaders politiques, religieux et traditionnels. Mais est-ce que cela était mesuré par le citoyen lambda ?

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Je n’y crois pas. Le Burkinabè lambda employait journellement et comprenait des termes comme la pauvreté, la corruption, les crimes, les détournements, etc. Mais le terme de cohésion sociale a pris une importance capitale avec l’insécurité. Les Burkinabè ont compris de nos jours que si le Burkina Faso était cité parmi les pays où régnait la paix, c’était tout simplement par ce qu’il y avait la cohésion sociale au sein des ethnies, des communautés religieuses, etc. existant au Burkina.

Personnellement, je ne comprenais pas de façon profonde le sens de ce mot. C’est après une réflexion approfondie, une rétrospective vers mon passé que je suis parvenu à comprendre le sens vrai du terme. Pendant notre enfance, il se produisait des évènements au sein de nos communautés. Nos parents étaient agriculteurs et ils vivaient côte à côte avec des éleveurs Peulhs.

Pendant la saison pluvieuse, il y arrivait que les animaux viennent rentrer la nuit dans un champ et le saccager jusqu’au petit matin. Généralement, c’est le propriétaire du champ qui les retrouvait le matin en arrivant au travail. C’était d’ailleurs la meilleure tournure car, souvent, les animaux pouvaient disparaître dans la nature après avoir saccagé le champ. Et dans de tels cas, il était archi compliqué d’aller accuser un pasteur donné.

Si on retrouvait les animaux donc, on les conduisait jusqu’au domicile de leur propriétaire. Informé, ce dernier venait constater les faits. Il y avait ce qu’on appelait le « garko » qui signifiait en langue locale l’amende payée par le pasteur au propriétaire en guise de dédommagement. Le Peulh devait donc venir devant un tribunal communautaire ou le commissariat pour payer l’amende.

Enfants, nous étions courroucés par la destruction des fruits de notre labeur, de notre sueur et nous nous attendions à ce que nos parents taxent les Peulhs sévèrement. Mais c’était avec amertume que nous constations que nos parents ne prenaient presque rien aux Peulhs. D’ailleurs, de mon enfance, je n’ai jamais vu un habitant de notre village trimballer un Peulh jusqu’au commissariat. Chaque fois, nos parents et les Peulhs finissaient par s’entendre.

Les Peulhs leur donnaient en général l’argent de cola ou de café, ce qui ne pouvait même pas acheter une tine de mil ou de maïs. Nos parents expliquaient qu’ils vivaient ensemble pendant longtemps et qu’ils ne pouvaient pas brouiller les liens qui les unissaient juste à cause de ces incidents. Ils ajoutaient que d’ailleurs, les animaux ne savaient pas ce qu’ils faisaient.

Ainsi, nous remarquions que les Peulhs devenaient plus prudents avec leurs animaux. Aussi devenaient-ils plus courtois envers nous et nous les voyions venir nous assister à chaque évènement, heureux ou malheureux. Nous aussi, nous assistions aux leurs. Nous ne nous mariions pas aux Peulh, mais on vivait en parfaite entente, en parfaite harmonie. Ils parlaient presque tous notre langue et beaucoup d’entre nous parlaient la leur.

En repensant à tout cela, je vois que nos parents cultivaient ce qu’on appelle aujourd’hui la cohésion sociale. Et je comprends pourquoi ils ont pu vivre sans problème avec les Peulhs pendant très longtemps. De nos jours, ces genres d’incidents seraient gérés par les autorités administratives, les paysans iraient réclamer le dédommagement, et mes lecteurs peuvent imaginer la suite.

De nos jours, on chante le terme cohésion sociale partout. Mais rares sont ceux qui essaient de s’inspirer du passé. Si nous retournons à nos racines, à nous valeurs, nous pourrons sans doute déterrer ce joyau enfoui qui, tel l’or, ne s’enrouille jamais.

Je n’ai choisi d’évoquer qu’un paramètre pour illustrer l’existence de la cohésion sociale dans mon article. Il en existait beaucoup dans nos communautés. S’il y a cohésion sociale dans un pays, c’est d’abord le fruit d’efforts de la part des communautés, des ethnies avant d’être un succès de la classe dirigeante.

Ayouba PORGO
Essayiste, poète, nouvelliste

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